[ Débat ] Ce que pensent les Français de la réforme des retraites

jeudi 31 octobre 2019

Partie 1 : Ce que souhaitent les fonctionnaires et les régimes spéciaux

#LaGrandeConfrontation : le débat du mercredi 9 octobre, retransmis sur LCI, opposait Jean-Paul Delevoye à 10 actifs français. Alors, que retenir de ces 10 interventions ? 

Dans cette première partie, trois profils pour comprendre les revendications des régimes spéciaux et de la fonction publique.


Quelques informations avant de découvrir ces profils 

  • Tous ces profils ne représentent pas forcément la réalité de chaque profession. 
    S'ils ne sont totalement représentatifs, les réflexions de chacune de ces personnes sont utiles pour tester l'adaptabilité du rapport Delevoye.

  • Vous pouvez aussi lire ci-dessous les cas qui vous intéressent le plus, et regarder un passage en particulier.
    Nous vous indiquons les minutes pour vous simplifier le visionnage. 

  • Consultez les autres interventions au cours de ce débat :
    Partie 1 : Les fonctionnaires et régimes spéciaux
    Partie 2 : Les professions libérales 
    Partie 3 : Les cadres 
    Partie 4 : Les métiers pénibles

Regardez maintenant la Grande Confrontation en intégralité.


Fonctionnaires et régimes spéciaux


Le cheminot - régime spécial SNCF [ 30 min* ] 

* A visionner à la 30ème minute du replay LCI.

Son profil 

Fabien Villedieu est conducteur de train à la SNCF : sur le RER D.
M. Villedieu est aussi délégué syndical Sud-Rail.

Il est âgé de 45 ans. Il gagne autour de 3 000 € par mois.

David Pujadas rappelle les conditions de départ des agents SNCF : le départ au taux plein entre 50 et 52 ans, avec un taux de remplacement de 75 %.


Ses craintes 

Le cheminot regrette les "préjugés" que le public porterait contre son régime spécial, précisant que la SNCF connaît de plus en plus de difficultés pour recruter des nouveaux agents. 

"A la SNCF on cotise 15 % plus que les salariés du privé".


Selon lui, les cheminots cotisent à hauteur de 45 % : 37 % payé par la SNCF et 9 % par les salariés.
En effet, les agents SNCF cotisent en 2019 à un taux de 9,06 % pour la part salariale, 37 % pour la part employeur.
En 2019, les salariés du régime général cotisent * à un taux de 6,90 % pour la part salariale, 8.55 % pour la part patronale

( * dans la limite d'un plafond mensuel de la Sécurité sociale : soit 3 377 €)


Les agents SNCF cotisent donc plus que les salariés du privé. S'ils cotisent davantage, le cheminot ne rappelle pas que ces cotisations leur octroient une bonne retraite comparée à leurs revenus d'activité (ou un taux de remplacement bien supérieur à la SNCF qu'au régime de base).
Aussi, s'ils cotisent plus du point de vue de la part salariale, l'État (et les contribuables) financent une grande partie de leur retraite. 
La part de cotisation patronale au régime de base étant bien inférieure (8.55 % contre 37 %) représente un désavantage pour les affiliés du régime général. 

Le délégué Sud-Rail reconnait cependant le déficit démographique du régime spécial SNCF, qui implique aussi le financement des retraites du public par les contribuables.


La réponse de Jean-Paul Delevoye

"Le régime universel mettra un terme aux régimes spéciaux,  y compris des parlementaires.
Il faut saluer les parlementaires de la République en Marche qui ont voté pour une intégration de leur statut dans le régime général. 

Je peux comprendre que vous y voyez une remise en cause du contrat social.
On dit très souvent au recrutement des agents : "on vous sous-paye pendant votre carrière et vous aurez une bonne retraite". 

La question est donc : "comment retrouver l'opportunité de la mise en place de ce système pour avoir une gestion de carrière et de rémunération normale et attractive ?".

Ces enjeux seront soumis à la concertation des partenaires sociaux (ici les représentants syndicaux de la SNCF et de la RATP). Jean-Paul Delevoye a reçu les syndicats de la SNCF ce Jeudi 31 Octobre.


La fonctionnaire au parcours accidenté [ 1h05 ]


Son profil 

Leila Louhibi est une chargée de mission à la préfecture de la Sarthe. Elle a 56 ans.
Mme Louhibi a un parcours accidenté : elle n'a pas cotisé pendant 10 ans. Et pour cause, elle est arrivée en France tardivement, a élevé ses 3 enfants. Comme ses diplômes algériens ne sont pas reconnus en France, Mme Louhibi a aussi dû suivre des formations. 

Elle n'aurait cotisé que 19 ans en 2025, soit moitié moins que le nécessaire pour accéder au taux plein dans le système actuel.


Ses craintes

Elle a commencé sa carrière à 900 € et gagne aujourd'hui 2 600 €. Selon elle, au moment de prendre sa retraite à 67 ans, elle percevrait le minimum vieillesse.

Compte tenu de son travail, de ses études et formations en France, elle demande au Haut-commissaire s'il est "utile de travailler et de cotiser pendant des années pour, au final, être au même titre qu'une personne qui n'a jamais travaillé ?".


La réponse de Jean-Paul Delevoye

"Madame fait partie des carrières heurtées, partielles ou courtes, qui sont malheureusement le lot des femmes. A l’évidence, toutes les études montrent que notre système par points est plus favorable à ces carrières heurtées.

Aujourd'hui, si vous n'avez pas atteint 150 heures SMIC * , vous n'avez aucun trimestre. Dans le futur système, dès que vous [toucherez le premier euro] vous acquerrez des points, et donc une augmentation des pensions.

Notre futur système sera plus lisible, plus généreux, plus solidaire et notamment pour les parcours fracturés"

* Dans le système actuel, il vous faut 150 heures payées au SMIC pour valider un trimestre. 


La professeure d'anglais au lycée [ 1h15 ]


Son profil 

Dasha Tran est professeure d'anglais dans un lycée de Seine-St-Denis.
Elle touche généralement 1 800 € par mois "malgré un master".
En effet, la professeure de Seine-St-Denis juge que son salaire est très bas compte tenu de sa formation. 


Le problème 

La retraite des fonctionnaires est aujourd'hui calculée sur la base des revenus perçus au cours des 6 derniers mois d'activité.
Dans le futur système, le calcul s'opérera sur la base de l'intégralité de la carrière.

Pourquoi est-ce un désavantage ? 

Car les salaires des enseignants sont faibles en début de carrière, et n'évoluent que très peu au fil de la carrière.
La règle des 6 derniers mois représente une manière de compenser la faible évolution des salaires.
Calculer sur les 6 mois signifie que l'on prend en compte le meilleur niveau de rémunération des fonctionnaires pour le calcul de la retraite.
Ce calcul avantageux s'explique par la volonté durant les "30 Glorieuses" de rendre la fonction publique attractive : les salariés du privé connaissaient le plein emploi et des évolutions importantes des salaires (du fait d'une croissance économique très favorable).

Dans le cadre de la réforme, la base de la rémunération qui permet de calculer le montant de la pension sera donc plus faible.


Les craintes de Mme Tran

Selon elle, les enseignants acceptent d'avoir un salaire faible en compensation d'un calcul avantageux de la retraite.
Le changement du mode de calcul des pensions est vécue dans son cas comme une "rupture du contrat social".

Mme Tran dit craindre une perte à la retraite d'une centaine d'euros par mois de pouvoir d'achat. 

Le rapport Delevoye précise que le nouveau système prévoit de compenser les baisses du pouvoir d'achat des fonctionnaires par l'intégration des primes dans le calcul de la retraite. Cependant, selon Mme Tran, seule une poignée d'enseignants peuvent toucher des primes : "tout le monde ne peut pas être professeur principal, directeur d'école primaire ... Ces primes là existent mais en toute logique ne concernent que très peu de collègues"


Les réponses de Jean-Paul Delevoye

Le Haut-commissaire reconnait l'inégale répartition des primes entre les fonctionnaires, et sur la nécessité de repenser le mode de financement des salaires des enseignants. L'idée étant que si les pensions baissent, elles devraient être compensés par des revenus d'activité plus conséquents. 


"Le niveau moyen des primes des fonctionnaires est de 22 %, celui des enseignants seulement de 9%.

Dans la carrière des enseignants, il doit y avoir une réflexion avec les partenaires sociaux pour revoir le contrat de la Nation avec sa fonction publique pour avoir de nouvelles approches en termes de ressources humaines
"

Ecrit par la rédaction de Simul-retraite.fr



;